RENTR' DEDANS


Eckmühl - Keroué

RENTR’ DEDANS #2Eckmühl - Keroué

 

"Eckmühl", la première carte de visite solo de Keroué

Keroué le rappeur Quimpérois, membre du groupe de longue date de Fixpen Sill avec son acolyte de toujours Vidji, décide d'ouvrir une nouvelle parenthèse cette fois-ci en solo avec la sortie de son EP Eckmühl le 8 juillet. On y retrouve 8 titres, de nombreux styles et moods différents, 2 featurings avec Caballero et Wallace Cleaver, le tout en une trentaine de minutes qu'on écoute, re-écoute... sans se lasser.

 

"Eckmühl", une volonté de s'exposer

À force d'écouter l'EP, on remarque assez facilement l'ambition de Keroué de s'imposer sur la scène rap française et revendique sa détermination et son authenticité à travers des phases comme : "Faut une sacrée quantité d’chaînes pour m’stopper." ou "Ouais le Rap c’est devenu la Macarena, bêtise générale j’en f’rais pas les frais". Cette envie de dominer ou marquer sa supériorité dans ses textes n'est pas quelque chose de nouveau, loin de là. C'est ce qui est couramment appelé dans le rap, de l'égotrip. C'est bien une des spécialités de Keroué. L'art de se montrer supérieur à ses homologues rappeurs il le maîtrise à merveille et c'est sûrement grâce à ses 10 années dans le rap à gratter des couplets, des refrains, les enregistrer, les parfaire encore et encore... Cet égotrip dont fait preuve Keroué, se ressent donc dans le projet et ce sous plusieurs formes. On distingue une supériorité morale avec la phase citée juste avant. On peut également remarquer qu'il s'affiche supérieur techniquement : "Ils diront tous que j’étais touché par la grâce, le mot est faible.". Après avoir effectué ce constat, on pourrait se dire que le seul et unique but de notre kickeur breton est de briller, de par sa technique et ses phases aiguisées, parmi tous les rappeurs qu'il aurait éteint au cours de sa carrière. Mais non au contraire à travers Eckmühl, on comprend que Keroué aspire en réalité à une vie bien plus simple et humble, bercée par des remises en question quasi constante.

 

"Eckmühl", le paradoxe du retrait

Keroué très attaché à ses racines a placé un clin d’œil à sa Bretagne natale à travers le nom du projet. En effet, Eckmühl, c'est le nom du phare de la ville bretonne où il a commencé l'EP pendant le confinement. Ce nom est plutôt significatif car au cours du projet, l'artiste breton nous éclaire sur chaque partie de son âme de rappeur. On a pu voir dans la partie précédente qu'il savait nous montrer qu'il était le meilleur et de bien des manières. Mais on entend également beaucoup de remise en question et de simplicité. C''est la rencontre du personnage et de la personne qu'il est réellement. On peut voir son côté égotrip comme un personnage (c'est le cas pour beaucoup de MC comme Sneazzy par exemple) et son côté plus simple et rempli de doute comme la partie de lui la plus sincère. Sur ce projet, ces deux aspects de la personnalité de l'artiste se confrontent et parfois même à des intervalles assez court. Le meilleur exemple est l'enchaînement des tracks "Lance-flamme" et "PDM". En effet, on a d'un côté "Lance-flamme" , un morceau de pur égotrip, de pur flex comme il sait si bien le faire. D'un autre côté on a "PDM", une track quant à lui bien plus introspectif.

 

"Eckmühl", le développement d'une nouvelle identité

À travers cet EP, dont on vient de dresser le portrait de l'artiste. On comprend également que Keroué commence à développer une identité musicale propre à lui afin d'être reconnu en tant qu'artiste solo et non pas en étant catégorisé comme la "moitié de Fixpen Sill". Cette démarche, ce "reboot" artistique, bien que ce ne soit pas non plus aux extrêmes de ce qu'il fait en groupe, on peut l'expliquer par cette raison autant que parce que Keroué avait simplement envie de tester d'autres ambiances. L'interprétation est ouverte à ce niveau là ! Mais bref, peu importe les raisons, l'important c'est est-ce que c'est réussi ?

La réponse est assez subjective mais d'un point de vue personnel le défi est relevé. On sent une réelle maturité dans cet EP. Évidemment dû à sa longue carrière dans la musique. Mais on ne pourrait pas se permettre de parler uniquement de notre découpeur Quimpérois sans constater le travail monstre du chef-d'orchestre du projet, le beatmaker Delho  épaulé par Mani Deiz et PR. Effectivement, un des aspects de son art qui se différencie le plus de ce qu'il faisait en groupe, est l'ambiance musicale instaurée par des prods qui peuvent varier entre agressive, planante ou encore plus douce. Tous ces moods sont installés à la perfection et accompagnés par une patte artistique propre à Delho, qui a produit 7 des 8 morceaux de l'EP.  L'autre aspect changeant, c'est Ker qui s'essaye de plus en plus à de nouveaux flows. Il parvient parfaitement à poser sa voix, avec une nonchalance impressionnante pour nous faire réfléchir. Sur "Felice", (en featuring avec Caballero), il peut également kicker de manière tellement arrogante qu'on pourrait presque le prendre mal sur "Lance-flamme".  Mais la où il innove le plus, c'est sur des sons comme "3h59" avec ses différents changements de voix et d’intonations. Enfin bref, Keroué a l'air de s'épanouir en solo, tout en ayant déjà confirmer que Fixpen Sill était toujours d'actualité. Il s'est enfermé quelques temps à l'intérieur de la salle du temps et en ressort avec de nouveaux katas qu'il nous délivre dans Eckmühl et ça pour notre plus grand plaisir...

 

Rédigé le 1er septembre 2022 par Noé


Labrador bleu - Isha

RENTR’ DEDANS #1 : Labrador bleu - Isha

 

Aujourd’hui, on se penche sur un projet qui nous a particulièrement plu. C'est à la suite de sa trilogie La vie augmente et de l'EP Faites pas chier j'prépare un album qu'Isha dévoile son premier album, très attendu par son public.

Labrador bleu c'est :
- une trame touchante et sincère
- une cohérence parfaitement maîtrisée
- des morceaux de grande qualité autant dans la production que dans l'interprétation

L'idée d'incorporer les 4 éléments de la nature, dans le tracklisting, à la fin de certains morceaux est génial.

L'album retranscrit donc un parcours de vie complet entrecoupé de ces éléments qui représentent les grandes étapes de celle-ci. Le vent pour le souffle de la naissance après vient le feu qui représente les pêchés puis l'eau pour prendre conscience de ses erreurs et se purifier, enfin la terre, l'homme redevient poussière.

La plume d'Isha est toujours et plus que jamais aussi belle que salie par les épreuves de la vie.

 

Rédigé le 2 mai 2022 par Noé